Performance sportive et antioxydants
Toute activitรฉ physique stresse l’organisme. Le niveau de ce stress dรฉpend principalement de l’intensitรฉ et de la durรฉe de l’activitรฉ. Dans l’organisme, le stress mรฉtabolique se traduit par la production des dรฉrivรฉs rรฉactifs de l’oxygรจne (les radicaux libres en sont). C’est un phรฉnomรจne physiologique tout ร fait naturel qui est liรฉ au mรฉtabolisme normal de l’oxygรจne. Pour se dรฉfendre contre les attaques causรฉes par ces dรฉrivรฉs rรฉactifs de l’oxygรจne (DRO), le corps dispose de diffรฉrents systรจmes qui permettent de lutter au niveau cellulaire. Mais lorsque la capacitรฉ de l’organisme ร lutter contre le stress oxydatif est dรฉpassรฉe par la production de DRO, il y a endommagement des structures cellulaires. Pourtant, une stimulation rรฉguliรจre des DRO grรขce ร l’entraรฎnement physique permet de stimuler l’expression de certains gรจnes et de stimuler les systรจmes antioxydants endogรจnes, ce qui permet ร long-terme des effets bรฉnรฉfiques dans la prรฉvention de certaines maladies chroniques (cancer, maladies cardiovasculaires, par exemple).
Comme nous en avons dรฉjร discutรฉ dans plusieurs articles prรฉcรฉdemment publiรฉs sur le site, le VO2MAX est un des meilleurs indicateurs de l’รฉtat global de forme cardiovasculaire et un des meilleurs prรฉdicteurs du risque de mortalitรฉ. Plus il est รฉlevรฉ, et plus les risques de mortalitรฉ toute cause confondue sont faibles. Grรขce ร des stimuli rรฉguliers, les systรจmes mรฉtaboliques et cardiovasculaires gagnent en efficience et permettent in fine une amรฉlioration de VO2MAX. Parmi les amรฉliorations mรฉtaboliques, le contenu mitochondrial (c’est-ร -dire, le nombre de mitochondries) est un des facteurs les plus importants. La biogรฉnรจse mitochondriale est dรฉclenchรฉe principalement par PGC-1ฮฑ, une protรฉine encodรฉe par le gรจne PPARGC1A. Or, PGC-1ฮฑ est stimulรฉ entre autres par les DRO. Ainsi, est-il judicieux de se supplรฉmenter en antioxydant lorsque son objectif est d’accroรฎtre son endurance cardiovasculaire ?
L’รฉtude rรฉalisรฉe
Pour tenter de rรฉpondre ร cette question, une รฉquipe de chercheurs espagnols a รฉtudiรฉ l’impact d’une supplรฉmentation en vitamine C sur l’amรฉlioration du VO2MAX et de la capacitรฉ d’endurance durant plusieurs semaines d’entraรฎnement en endurance cardiovasculaire chez des hommes et chez des rats.
Pour cette รฉtude, 14 hommes sรฉdentaires (VO2MAX < 43 mL/kg/min) ont participรฉ ร l’รฉtude qui a durรฉ 8 semaines. Ils ont รฉtรฉ alรฉatoirement rรฉpartis en deux groupes : un groupe d’entraรฎnement sans supplรฉmentation (n = 9) et un groupe d’entraรฎnement avec une supplรฉmentation d’1 gramme de vitamine C chaque jour ร 9h00 (n = 5). Avant et aprรจs les 8 semaines du protocole, tous les participants รฉvaluaient leur VO2MAX sur cyclo-ergomรจtre lors d’un test d’effort maximal et effectuaient un prรฉlรจvement sanguin. Puis, 3 fois par semaine pendant les 8 semaines, les participants ont rรฉalisรฉ une sรฉance de 40 minutes ร allure constante entre 10h00 et 11h00. L’intensitรฉ de dรฉpart รฉtait 65% VO2MAX, avec une incrรฉmentation de 5% toutes les deux semaines jusqu’ร atteindre 80% VO2MAX.
Pour la partie animale, les chercheurs ont utilisรฉ 36 rats mรขles adultes Wistar qu’ils ont rรฉparti en diffรฉrents groupes et ร qui ils ont fait rรฉaliser entre 3 et 6 semaines d’entraรฎnement (ร raison de 5 fois par semaine), avec ou sans supplรฉmentation de vitamine C (dose correspondant ร 4 fois celle administrรฉe aux hommes). Une fois l’expรฉrimentation terminรฉe, les rats ont รฉtรฉ sacrifiรฉs et des analyses musculaires et de sang ont รฉtรฉ effectuรฉes.
Rรฉsultats & Analyses
Chez les hommes comme chez les rats, la supplรฉmentation en vitamine C a significativement augmentรฉ les concentrations plasmatiques en acide ascorbique. Aucun changement n’a รฉtรฉ observรฉ chez les groupes non-supplรฉmentรฉs.
Les principaux rรฉsultats de cette รฉtude montrent que l’administration de vitamine C attรฉnue les effets de l’entraรฎnement chez les hommes et les rats. Au niveau du VO2MAX, chez les hommes, le groupe qui ne se supplรฉmentait pas en vitamine C a amรฉliorรฉ son VO2MAX de 22% (passant de 38.2 ร 46.6 ml/kg/min) alors que le groupe supplรฉmentรฉ en vitamine C ne s’est amรฉliorรฉ que de 10.8% (passant de 41.2 ร 45.6 ml/kg/min). Pour les rats, le constat รฉtait le mรชme, le groupe sans vitamine C s’est amรฉliorรฉ de 17% alors que le groupe avec vitamine C uniquement de 4.7%. Concernant la capacitรฉ d’endurance (le temps d’effort jusqu’ร รฉpuisement) mesurรฉe chez les rats, ceux qui รฉtaient supplรฉmentรฉs en vitamine C sont passรฉs de 101.2 ร 128 minutes (soit +26.5%) alors que ceux qui ne prenaient pas de vitamine C sont passรฉs de 99.2 ร 284.3 minutes (soit +186.7%).
Les DRO formรฉs lors de l’exercice ont augmentรฉ significativement les concentrations de 2 enzymes antioxydantes (Mn-SOD et GPx) dans le muscle squelettique. Mais cette adaptation รฉtait inexistante pour les groupes de rats supplรฉmentรฉs en vitamine C. De plus, les concentrations musculaires en PGC-1ฮฑ ont significativement augmentรฉ aprรจs l’entraรฎnement pour les groupes de rats qui n’รฉtaient pas supplรฉmentรฉs en vitamine C (Fig. 1). Ces rรฉsultats sont confirmรฉs par les concentrations en cytochrome C, un marqueur du contenu mitochondrial dans le muscle. Les concentrations ont augmentรฉ chez les rats entraรฎnรฉs, mais pas chez les rats non-entraรฎnรฉs et ceux supplรฉmentรฉs en vitamine C.

Applications pratiques
Il est important de prendre en compte que les dรฉrivรฉs rรฉactifs ร l’oxygรจne (DRO) ne sont pas systรฉmatiquement nรฉfastes pour les cellules. Leur production en rรฉponse ร l’exercice est utile pour adapter les cellules musculaires en modulant l’expression des gรจnes. De plus, le corps produit naturellement des antioxydants en rรฉponse ร cette sรฉcrรฉtion de DRO. L’ingestion de vitamine C inhibe ces processus et les adaptations qui s’en suivent ce qui rรฉsulte en une attรฉnuation de la rรฉponse mรฉtabolique et cardiovasculaire ร l’entraรฎnement.
Comme pour d’autres phรฉnomรจnes liรฉs ร la rรฉcupรฉration (comme l’inflammation), il faut faire la diffรฉrence entre aiguรซ et chronique. Un stress chronique qui pourrait รชtre dรป ร une mauvaise capacitรฉ ร rรฉcupรฉrer face ร des entraรฎnements trop intenses et/ou une mauvaise hygiรจne de vie (alcool, tabac, etc.) et/ou ร un environnement social trop stressant pourra conduire ร des taux de DRO beaucoup trop รฉlevรฉs qui affecteront nรฉgativement la santรฉ (dรฉgradation des cellules, de l’ADN, etc.). Il est donc important de se documenter et de se supplรฉmenter (ou de se faire conseiller) intelligemment sans succomber aux sirรจnes du marketing. La pertinence d’un supplรฉment par rapport ร ses besoins rรฉels et ร sa pratique, son dosage et le timing de prise sont autant de paramรจtres ร considรฉrer avant de l’utiliser.
Rรฉfรฉrences
Gomez-Cabrera M-C, Domenech E, Romagnoli M, Arduini A, Borras C, Pallardo FV, Sastre J and Vina J. Oral administration of vitamin C decreases muscle mitochondrial biogenesis and hampers training-induced adaptations in endurance performance. Am J Clin Nutr 87 : 142-149, 2008.