|

Le niveau de force influence le tempo de la potentialisation

De nouveau, nous souhaitons vous parler de la potentialisation par post-activation (PAP, pour Postactivation Potentiation en anglais). Si vous n’avez pas encore lu nos diffรฉrents articles sur le sujet, sachez que la PAP a des applications dans le judo, la natation ou pour amรฉliorer la hauteur de saut. La PAP est un phรฉnomรจne physiologique qui induit une amรฉlioration de la performance suite ร  une stimulation musculaire volontaire. Il est gรฉnรฉralement admis que cela stimule le systรจme nerveux central de telle maniรจre que celui-ci rรฉpondrait par une augmentation du potentiel contractile, et donc d’une augmentation de la force ร  court-terme, lors d’un exercice rรฉalisรฉ juste aprรจs ce stimulus. Les mรฉcanismes supposรฉs responsables de cette potentialisation seraient l’augmentation de la phosphorylation des chaรฎnes lรฉgรจres de myosine, l’augmentation du recrutement de plus grosses unitรฉs motrices et le changement de l’angle de pennation.

Dans notre dernier article sur le sujet, nous vous expliquions que le power clean permet un meilleur stimulus PAP que le squat et qu’il est gรฉnรฉralement admis que la rรฉponse optimale ร  un stimulus PAP apparait environ 7 ร  10 min ce stimulus. Nรฉanmoins, ce tempo est encore approximatif et si le type de stimulus peut influencer cette durรฉe (e.g.la pliomรฉtrie), aucune รฉtude n’a dรฉmontrรฉ clairement comment l’influencer positivement. Les diffรฉrentes รฉtudes menรฉes montrent qu’un temps trop cours (< 3 min) ou trop long (> 12 min) ne permettra pas d’obtenir une potentialisation. Mais qu’est-ce qui influence cela ? Et si le niveau de force des athlรจtes avait un effet sur la durรฉe d’apparition d’une PAP ?

L’รฉtude rรฉalisรฉe

Pรถur tenter de rรฉpondre ร  cette question, une รฉquipe de chercheurs (franรงais, australien et espagnol) a comparรฉ les rรฉponses de potentialisation chez deux groupes d’athlรจtes de force diffรฉrente. Pour cela, 18 jeunes rugbymen de haut-niveau ont participรฉ ร  l’รฉtude. Le protocole consistait ร  diviser ces joueurs en deux groupes en fonction de leur 1RM au Squat parallรจle : les sportifs qui soulevaient moins de 2 fois leur masse corporelle รฉtaient placรฉs dans le groupe “Faible”, et ceux qui soulevaient plus de 2 fois leur masse corporelle รฉtaient placรฉs dans le groupe “Fort”. ร€ noter, que tous les rugbymen qui participaient ร  l’รฉtude rรฉalisaient un squat d’au moins 1.5 fois leur masse corporelle.

Ensuite, les tests รฉtaient trรจs simples. Chaque rugbyman devait rรฉaliser 3 sauts verticaux de type Squat Jump avec 1 minute de rรฉcupรฉration entre chaque saut. Puis, 10 minutes aprรจs, ils devaient rรฉaliser une sรฉrie de 3 rรฉpรฉtitions d’un squat parallรจle ร  90% du 1RM. Les consignes รฉtaient qu’une fois la sรฉrie de squat terminรฉe, les rugbymen devaient rรฉaliser 1 Squat Jump aprรจs 15 secondes, 3, 6, 9 et 12 minutes. Les mesures de puissance et de hauteur de saut รฉtaient ensuite comparรฉes ร  celles obtenues lors du meilleur des 3 sauts effectuรฉs au dรฉbut.

Rรฉsultats & Analyses

Les principaux rรฉsultats de l’รฉtude montrent que le groupe “Fort” obtient une potentialisation de la puissance musculaire (Fig. 1) et de la hauteur de saut(Fig. 2) aprรจs seulement 3 minutes et jusqu’ร  12 minutes, tandis que le groupe “Faible” obtient une potentialisation ร  partir de 6 minutes et jusqu’ร  12 minutes. De plus, le groupe “Fort” dรฉmontre une PAP significativement supรฉrieure ร  celle du groupe “Faible” ร  chaque essai.

La potentialisation par post-activation apparait car la fatigue engendrรฉe par le stimulus (ici, la sรฉrie de squat) se dissipe et la capacitรฉ ร  exprimer une PAP augmente. La diffรฉrence de tempo entre les deux groupes peut s’expliquer par le fait que les athlรจtes plus fort dรฉveloppent une rรฉsistance ร  la fatigue ร  des charges plus lourdes. Ils rรฉcupรจrent donc plus vite et sont capables d’obtenir une PAP plus rapidement. Une autre explication avancรฉe par les auteurs de l’รฉtude serait que les athlรจtes plus forts possรจderaient plus de fibres musculaires de type II, qui dรฉmontrent une plus grande excitabilitรฉ neurale dans les exercices ร  haute intensitรฉ. Ce qui expliquerait leur meilleure rรฉponse ร  ce type de stimulus.

Applications pratiques

Comme le montre la plupart des รฉtudes sur la potentialisation par post-activation, il est possible d’influencer positivement la performance par un stimulus d’intensitรฉ รฉlevรฉe comme une sรฉrie de 3 rรฉpรฉtitions ร  90% du 1RM en squat. Mais les rรฉsultats de cette รฉtude tendent ร  dรฉmontrer l’importance et l’influence du niveau de force dans la rรฉponse de potentialisation par post-activation, au niveau du temps mais รฉgalement de l’intensitรฉ.

Le prรฉparateur physique doit donc considรฉrer le niveau de force de ses athlรจtes lorsqu’il met en place un entraรฎnement visant ร  maximiser les performances (e.g., pour saut vertical ou le sprint). Tous ne rรฉpondront pas de la mรชme maniรจre et les individus dont le potentiel de force est le plus grand rรฉpondront plus vite et plus fort. Les athlรจtes plus “forts” pourront rรฉpondre positivement au bout de 3 minutes, et jusq’ร  9 minutes de maniรจre optimale. Tandis que les athlรจtes plus “faibles” rรฉpondront ร  partir de 6 minutes et jusqu’ร  9 minutes.

Rรฉfรฉrence