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Impact du choix de l’exercice sur le saut vertical

De nombreux sports nรฉcessitent de fortes qualitรฉs physiques de force et de vitesse. Que ce soit pour se mouvoir (i.e., accรฉlรฉrer, dรฉcรฉlรฉrer, changer de direction, sauter, etc.), propulser un objet ou un opposant, il est nรฉcessaire pour l’athlรจte de travailler ร  dรฉvelopper ce potentiel neuromusculaire. Cela reposera ร  la fois sur un travail de la force maximale, du taux de dรฉveloppement de la force et de la vitesse. Ce sera alors le rรดle de l’entraรฎneur et/ou du prรฉparateur physique d’encadrer et de planifier le travail de maniรจre ร  ce que l’athlรจte atteigne ses objectifs.

En plus de la planification, l’entraรฎneur et/ou le prรฉparateur physique peut ajuster de nombreux paramรจtres pour obtenir les rรฉponses physiologiques dรฉsirรฉes. Il peut, par exemple, utiliser diffรฉrents types de rรฉsistance (i.e., rรฉsistance constante, adaptative ou variable), diffรฉrents types de charges (i.e., libres ou guidรฉes) et il peut choisir diffรฉrents exercices qui permettront de travailler les mรชmes groupes musculaires de maniรจre diffรฉrente. Mais lorsque le choix de l’exercice se pose, mรชme si le pattern de mouvement est similaire, est-ce que tous les exercices se valent ? Procureront-ils les mรชmes effets ?

L’รฉtude rรฉalisรฉe

Pour rรฉpondre ร  ces questions, une รฉquipe de chercheurs allemands a voulu comparer l’impact d’un entraรฎnement avec deux exercices diffรฉrents sur la performance en saut vertical. Pour ce protocole qui a durรฉ 8 semaines, les chercheurs ont recrutรฉ 78 รฉtudiants (31 femmes et 47 hommes), tous pratiquants de sport. Ils ont divisรฉ ces รฉtudiants en 3 groupes : un groupe Contrรดle (n = 39) qui ne faisait absolument rien ; un groupe Squat (n = 19) ; et un groupe Leg Press (n = 20). Les deux groupes expรฉrimentaux avaient le mรชme programme d’entraรฎnement, seul l’exercice de squat ou de leg press changeait. L’entraรฎnement se tenait 2 fois par semaine. Les 3 premiรจres semaines, les groupes expรฉrimentaux ont rรฉalisรฉ 5 sรฉries de 8-10RM. Puis lors des semaines 4 ร  6, ils ont travaillรฉ sur 5 sรฉries de 6-8RM. Pour finir avec 5 sรฉries de 4-6RM, les deux derniรจres semaines.

Pour comparer les conditions d’entraรฎnement, les chercheurs ont mis en place une batterie de tests avant et aprรจs les 8 semaines du protocole. Ils ont tout d’abord รฉvaluรฉ le niveau de force maximale dynamique de tous les participants au Squat et ร  la Leg Press. Puis, ils ont mesurรฉ leur force maximale isomรฉtrique des extenseurs du genou. Enfin, ils ont mesurรฉ la hauteur de saut vertical en squat jump (SJ) et en contre-mouvement jump (CMJ) et la performance lors de drop jump ร  diffรฉrentes hauteurs (24, 32, 40 et 48cm).

Rรฉsultats & Analyses

Les principaux rรฉsultats de cette รฉtude montrent que les groupes expรฉrimentaux Squat et Leg Press ont augmentรฉ leur 1RM et leur force maximale isomรฉtrique de maniรจre significative aprรจs les 8 semaines de protocole et significativement plus que le groupe Contrรดle (Fig 1 et 2). De plus, le groupe Squat a amรฉliorรฉ significativement plus sa performance en sauts verticaux (+12.4% en SJ et +12.0% en CMJ) en comparaison au groupe Leg Press (Fig. 3).

Bien que la force maximale et le gain de force obtenue grรขce ร  la Leg Press soient considรฉrables, l’exercice semble peu transfรฉrable ร  la performance en saut vertical. En effet, ร  la presse, l’extension de hanche n’entre jamais en jeu dans la fin du mouvement, alors qu’elle est nรฉcessaire en saut vertical pour accรฉlรฉrer le haut du corps, gagner en quantitรฉ de mouvement et se projeter plus haut dans les airs. A l’inverse, en squat, la triple extension est bien prรฉsente. De plus, en squat, il y a nรฉcessitรฉ de stabiliser la charge tout en rรฉalisant l’exercice. Cela demande donc un recrutement neuro-musculaire plus grand que lors de l’exercice de leg press.

Figure 3. Performance en sauts verticaux : Squat Jump (SJ) et Contre-Mouvement Jump (CMJ). *Significativement diffรฉrent de la condition avant.

Applications pratiques

Les rรฉsultats de cette รฉtude confirment ce que beaucoup d’entraรฎneurs, de prรฉparateurs physiques et de coachs savent dรฉjร  : si votre objectif est d’amรฉliorer la hauteur de saut par un gain de force, la maniรจre dont vous gagnerez (biomรฉcaniquement parlant) cette force est d’une trรจs grande importance. Grรขce ร  sa triple extension, sa stabilisation de la charge et sa poussรฉe verticale vers le haut, le squat semble mieux adaptรฉ que la presse ร  cuisses pour amรฉliorer la hauteur de saut vertical, sur le court-terme.

Toutefois, comme les travaux de l’รฉquipe de Jean-Benoit Morin et de Pierre Samozino tendent ร  le montrer, pour sauter plus haut, il est nรฉcessaire que l’athlรจte exprime une combinaison idรฉale de force et de vitesse qui sera propre ร  son profil force-vitesse (dรฉpendant de sa gรฉnรฉtique, de ses points forts/faibles, et donc de l’entraรฎnement). Ainsi, tous les athlรจtes ne bรฉnรฉficieront pas forcรฉment d’un travail de force pour sauter plus haut, ou d’un travail de vitesse. Il sera nรฉcessaire d’รฉvaluer dans un premier temps leur profil force-vitesse afin de connaรฎtre leur besoin. Pour plus d’informations sur ce point, nous vous conseillons la lecture des articles suivants :

Les dรฉterminants mรฉcaniques de la performance au 100m
Influence du profil force-vitesse et de la puissance maximale sur la performance balistique

Rรฉfรฉrence