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Yvan Roustit, Préparateur Physique

par Sci-Sport.com | 19 Novembre 2014

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Bonjour Yvan, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

Yvan Roustit et Olivier Bolliet, tous deux formateurs pour FormaSport

Figure 1. Yvan Roustit et Olivier Bolliet, tous deux formateurs pour FormaSport.

Y. Roustit - Je m’appelle Yvan Roustit, j’ai 25 ans et je suis préparateur physique depuis quelques années. J’ai travaillé essentiellement dans les sports de glace, plus précisément en danse sur glace au pôle France de Lyon où j’ai pu préparer des athlètes internationaux (anglais, espagnols et français), et en natation. Désormais, je suis principalement dans la natation, et j’interviens au club de l’EMS Bron.

Au niveau de mes études, j’ai commencé par un DEUG STAPS, puis j’ai enchainé sur une Licence Entraînement Sportif pour finir avec une Maîtrise de préparation physique et de réathlétisation à Lyon. J’ai choisi de ne pas faire le Master 2 et de m’arrêter là car j’ai pu commencer directement après ma Maîtrise, en travaillant notamment avec Olivier Bolliet.

J’ai un parcours sportif en natation et en aviron, avec une cinquième place aux championnats de France en Quatre sans barreur poids légers. Je suis aussi formateur au B.P. J.E.P.S. spécialité A.A.N. de FormaSport depuis maintenant quatre ans. J'interviendrai également cette année dans leur Diplôme Supérieur de Préparation Physique "Performance et Santé" (DS2PS). Enfin je suis également co-auteur avec Olivier Bolliet du livre "La prépa physique natation" qui sortira prochainement (Fig. 1).

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique ?

Y. Roustit - Ma première motivation, c’était le haut-niveau et la performance. Au début, j’hésitais entre entraînement et préparation physique. Pour moi, il n’était déjà pas évident de vivre en tant qu’entraîneur professionnel alors en tant que préparateur physique… Mais ce qui m’a plu dans la préparation physique, c’était le côté transversal. Le développement d’une qualité physique peut se ressentir au niveau technique et/ou sur la performance. Et puis, il est possible de travailler dans différents sports.

Nosy Pelagie et Yvan Roustit

Figure 2. Nosy Pelagie et Yvan Roustit.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ? A quel niveau ?

Y. Roustit - Actuellement, je ne travaille qu’en natation. Je m’occupe d’un nageur international, Nosy Pelagie (Fig. 2), qui est vice-champion de France en 2014 sur le 50m Nage Libre et qui a été qualifié aux championnats d’Europe à Berlin l’an passé. A côté de cela, j'ai en charge une dizaine de nageurs de niveau national N1 et N2, et puis des groupes plus jeunes de niveau régional.

Dans ton travail en natation, à quoi accordes-tu le plus d’importance ?

Y. Roustit - Cette année, dans le club EMS Bron, la préparation physique était nouvelle, il a donc fallu mettre cela en place avec tous les nageurs. Le problème est qu’il y avait des nageurs matures qui sont sprinteurs et qui n’avaient jamais fait de préparation physique, il a alors fallu leur apprendre à être autonome et rigoureux sur une séance. Après, en préparation physique, je m’attache toujours à travailler sur 2 choses : Le développement des composantes de la force et la prévention des blessures (et en natation, c’est principalement axé sur l’épaule). En fonction de la spécialité du nageur, certains seront plus orientés force maximale, force-vitesse ou endurance de force.

J’ai d’ailleurs imposé qu’ils aient tous un élastique, et je leur ai donné une petite routine de 4-5 exercices de prévention à faire pendant 10-15 minutes en échauffement, soit avant une séance de musculation soit avant une séance dans l’eau, ou avant une compétition. Quand il n’y avait pas d’élastiques, j’avais mis en place des séances dédiées à la prévention, avec haltères. Et j’adapte ces séances en fonction du profil des nageurs (si ils nagent de plus longues distances, j’insiste un peu plus sur la prévention). Il est par contre toujours un peu difficile de faire comprendre l’intérêt de ce travail avec des nageurs qui n’ont jamais eu de problèmes d’épaules.

Pour le développement de force d’un sprinteur de 50 ou 100m, que mets-tu en place ?

Y. Roustit - Cela dépendra de la période de la saison, mais je m’oriente principalement vers de la force maximale et de la force-vitesse. J’ai malgré tout une séance d’hypertrophie, car certains nageurs gagneraient à développer leur masse musculaire. C’est vrai que la prise de muscle fait parfois un peu peur dans ce milieu, mais pour un sprinter c’est tout de même nécessaire. Et en début de saison, ils ont tous une période de développement de l’endurance de force.

Vers quels exercices t’orientes-tu pour la force maximale ?

Y. Roustit - En natation, j’utilise les tractions ou le tirage allongé sur un banc (Fig. 3) et le développé couché (Fig. 4). J’essaye d’éviter tous les mouvements de poussée où les bras passent au-dessus de l’épaule. Ils font déjà énormément ce geste, ce qui peut être source de blessures. Il y a également un travail sur le bas du corps (Fig. 5), car les membres inférieurs sont très importants au départ et lors des coulées. Surtout lorsque les nageurs sont dans une période où les compétitions se déroulent en petit bassin de 25m (ce qui implique plus de virages, et donc de poussées).

Figure 3. Le tirage allongé sur un banc

Figure 4. Le développé couché

Figure 5. Le squat

Justement, les études scientifiques montrent que le départ est un des facteurs clés de la performance chronométrique, as-tu mis en place un travail spécifique avec tes nageurs ?

Voir notre article sur l'Effet de la potentialisation par post-activation sur le départ en natation...

Y. Roustit - Oui, pour les plus novices en musculation, je suis resté sur un travail plus classique en musculation des membres inférieurs avec du squat par exemple. Mais pour Nosy Pelagie, nous avons commencé à travailler plus spécifiquement sur la cheville, pour améliorer la réactivité au départ. Et pour cela, je suis allé m’entretenir avec des entraîneurs d’athlétisme qui m’ont apporté des méthodes sur le travail de "pied". Par contre, je n'ai mis ça en place qu’avec Nosy car il a déjà un très bon niveau physique, il est très professionnel et nous avons le temps pour se consacrer à ça. Ce qui n’est pas forcément le cas avec les autres groupes.

Comment fais-tu le lien entre les entraînements de natation et la préparation physique des nageurs ?

Y. Roustit - En plus d’être préparateur physique, je possède également un B.E.E.S.A.N. Ainsi, j’essaye de travailler en relation étroite avec l’entraîneur du groupe élite pour avoir des feedback sur les séances. Nous échangeons souvent et nous essayons ainsi de gérer la fatigue ou d’adapter les séances de préparation physique en fonction des entraînements dans l’eau.

Cela a été évoqué un peu plus tôt, tu es le co-auteur avec Olivier Bolliet d’un livre à paraître aux éditions 4Trainer en 2015 et qui s’intitulera "La prépa physique natation", peux-tu nous en dire plus ?

Y. Roustit - L’idée du livre est partie d’une réflexion que nous nous sommes faites avec Olivier après une intervention pour la fédération suisse de natation où les entraîneurs étaient très demandeurs sur cette partie préparation physique des nageurs. Avec Olivier, nous nous sommes dit qu’il serait peut-être intéressant de résumer notre parcours pratique, puisque nous avions déjà préparé une olympiade avec Romain Sassot. Nous parlons donc du plus haut niveau mais également des niveaux départementaux et régionaux. Le but est que le livre soit utile au plus grand nombre. Et puis nous voulions également sortir des croyances qui existaient sur la préparation physique en natation, comme par exemple, "a masse musculaire est mauvaise pour la performance", "il ne faut pas travailler sur les jambes" et "la préparation physique natation doit être réalisée sur le même mouvement que celui fait dans l’eau".

Dans le livre, il y aura donc une analyse de l’activité afin de faire le lien entre la théorie de la natation et la préparation physique. Nous parlons de l’évolution de la préparation physique en fonction de l’âge des nageurs, ce qu’il faut faire, le développement de la force selon les âges, etc. Nous discutons aussi de l’utilisation du circuit training pour l’endurance de force. Et il y a une grosse partie sur le développement de la force chez le nageur élite, sur la périodisation, et également, une grosse partie sur la prévention des blessures.

C’est un livre très concret et pratique qui s’adresse aux préparateurs physiques, aux entraîneurs et à tous les nageurs passionnés par l’entraînement et qui souhaiteraient optimiser leur préparation. Je pense notamment aux nageurs Master, qui ont souvent moins de moyens mis à leur disposition et qui s’entraînent de leur côté. Ce livre peut également servir aux triathlètes.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

Y. Roustit - Ce qui me plait le plus, c’est la performance individuelle. Ce que j’aime c’est améliorer des choses en préparation physique pour essayer de débloquer des éléments dans la performance sportive. J’aime ce lien entre le travail que nous faisons et le chronomètre. Et puis être sur le terrain avec les nageurs, c’est formidable. Ce que j’aime également, c’est que sur le terrain, on sort du cadre « scientifique », on expérimente, et on ajuste avec le nageur.

Ce qui me déplait le plus, c’est le manque de considération du métier de préparateur physique et le manque de moyen mis à notre disposition (financier, horaires, etc.). La préparation physique doit être considérée au moins autant que l’entraînement spécifique.

Et je trouve également qu’il y a un manque de pratique dans les formations professionnelles de préparation physique et cela crée un éloignement avec le terrain. Et puis la réalité de terrain est souvent différente du cadre théorique. C’est donc bien quand on a des profs qui sont aussi sur le terrain. On entend souvent parler de planification annuelle, et qu’il faudrait tout planifier, tout programmer… Mais un athlète qui ne s’entraîne pas un jour ou qui se blesse, et c’est toute la planification qui est à revoir.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s'orienter vers la préparation physique ?

Y. Roustit - La première chose, c’est de pratiquer. Pratiquer la musculation, l’haltérophilie et même différents sports pour aborder différents types de travail. Et puis cela permet d’être crédible par rapport aux athlètes, de connaître le ressenti des séances, sans être pour autant un champion.

Ensuite, il faut vraiment se former à côté. Il faut continuellement aller chercher ailleurs des informations dans des formations mais aussi dans des livres. Il ne faut pas hésiter à aller rencontrer d’autres préparateurs physiques et échanger avec eux.

Enfin, il faut travailler l’anglais, car tout le contenu scientifique est en anglais et si un jour on est amené à travailler avec des athlètes internationaux, il est nécessaire de pouvoir faire son travail dans les meilleures conditions.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

Y. Roustit - Je me sers des recherches scientifiques pour travailler sur le terrain. Je cherche des études, je les lis et après je vois ce qui marche ou pas et ce qu’il faut ajuster. Bien sûr, selon les études, il est nécessaire de garder une analyse critique car les protocoles sont parfois peu pertinents. En préparation physique, nous avons les éléments de terrain, les athlètes, il faut donc être un peu chercheur pour voir ce qui se fait du côté "théorique". Le mélange de ces deux aspects ne peut que nous faire progresser dans notre métier.

Merci Yvan d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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