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Didier Reiss, Préparateur Physique de Haut-Niveau

par Sci-Sport.com | 27 Mars 2015

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Bonjour Didier, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter ?

D. Reiss - Je m'appelle Didier Reiss, j'ai 38 ans, je suis préparateur physique, professionnel depuis 2000. J'ai plusieurs cursus, un cursus "Jeunesse & Sport" et un cursus universitaire. J'ai fait plusieurs universités pour aller chercher un maximum de courants de pensée différents. J'ai compris assez tôt qu'il ne fallait pas se formater dans une seule façon de voir l'entraînement. Car on se rend bien compte que certains s'enferment en ayant juste suivi un cursus au même endroit. Alors qu'en suivant des cours dans différentes facultés, les intervenants sont différents et spécialistes dans divers domaines. C'est ce qui ouvre l'esprit.

J'ai fait le D.U. à Dijon en 2001, Gilles Cometti était encore présent. J'ai fait Bordeaux, Strasbourg, Rouen, Caen, Paris V, Paris XIII, je suis passé par l'INSEP et je dois probablement en oublier. A la base j'avais le Brevet d'état Métiers de la forme. Après j'ai voulu rejoindre STAPS, mais anecdote marrante, on avait refusé à un ami et moi-même l'accès au DEUG STAPS, car il nous avait été dit que nous n'avions pas le niveau intellectuel et physique. Mon ami était champion du monde de powerlifting… Moi, j'avais un niveau national en Full Contact. Donc, nous avons intégré le DU de Dijon. Après, nous avons fait le DU à Bordeaux et ensuite on a obtenu un DESS. Après j'ai enchainé d'autres Master 2. Ce qui démontre bien qu'on peut s'en sortir au niveau universitaire sans avoir un cursus "classique".

Aujourd'hui ma profession est plus basée sur la préparation physique alors qu'il y a quelques années, c'était beaucoup plus orienté sur la formation. La formation, c'est très bien, cela oblige à aller rechercher de l'information et à se mettre à jour sans cesse. Mais en ne faisant que cela, on risque aussi de nous reprocher que l'on s'éloigne du "terrain", même si je n'aime pas trop ce terme. Mais c'est vrai qu'il est possible de s'éloigner de la réalité de l'entraînement.

Je fais donc le chemin inverse. Je me suis éloigné de tout ce qui était formation. J'ai arrêté dans ma propre école (Eficiencia, anciennement Esciencia) et j'ai arrêté les formations que je donnais en Suisse.

Avec Sherko Kareem et l'Hypoxico

Figure 1. Avec Sherko Kareem et l'Hypoxico... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Quelles étaient tes motivations pour t'orienter vers la préparation physique ?

D. Reiss - Je fais du sport depuis que j'ai 14 ans. Cela a été une très grosse partie de ma vie, et au début je voulais vivre des sports de combat. Mais je me suis vite rendu compte que cela n'était pas possible. Par contre, je pratiquais la musculation, et je me suis donc naturellement tourné vers la préparation physique. J'ai assisté à des séminaires comme celui de Cometti en 1999, et ce sont des personnes comme lui qui m'ont motivées à persévérer dans ce domaine.

J'étais très curieux de nature, et donc, je voulais m'ouvrir. A l'époque, internet était beaucoup moins présent, les choses étaient donc moins simples. Il fallait peut-être s'accrocher un peu plus pour pouvoir obtenir de l'information de qualité et se tenir au courant. Je me déplaçais donc beaucoup et j'étais à l'affût de toutes les formations qui se tenaient.

Avec quelle(s) discipline(s) sportive(s) travailles-tu en ce moment ?

D. Reiss - En ce moment, je frôle le 100% Football. Cela fait 5 ans que j'entraîne des joueurs qui au fur et à mesure ont grimpé dans les échelons. Il y en a un aujourd'hui en Equipe de France, deux en Ligue 1 en France, et d'autres en Ligue 1 dans d'autres pays. J'ai quelques autres clients, qui ne sont pas forcément dans une optique performance mais plutôt esthétique. Il suffit de taper mon nom dans Google Images pour voir de qui je parle…

Avec Moussa Dialo (T-shirt bleu) et Adama Guidala (T-shirt blanc)

Figure 2. Avec Moussa Dialo (T-shirt bleu) et Adama Guidala (T-shirt blanc)... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Aujourd'hui avec ton recul et ton expérience, quel matériel utilises-tu et privilégies-tu dans tes séances de préparation physique ?

D. Reiss - En général, et c'est ce que je dis à mes stagiaires en formation, je ne préfère pas me trimbaler avec une grosse kettlebell de 24kg ou un Viper. Mon sac de sport contient un TRX et des élastiques, que j'ai d'ailleurs acheté chez vous. Cela me permet d'avoir le minimum pour tout faire avec mes clients.

Ensuite, je travaille beaucoup avec le Fitlight Trainer. Il y a un côté ludique incroyable et cela permet aux joueurs de changer, d'avoir l'impression de toucher le haut-niveau parce que c'est du matériel assez évolué.

L'hypoxico est presque indispensable. Cela peut paraître exagéré, mais cela m'embête de ne pas l'avoir. Depuis 15 ans, pour moi, la seule révolution qui existe dans la préparation physique c'est la venue des simulateurs d'altitude. En 8 séances, on arrive à des gains de VO2MAX qu'il ne serait pas possible d'obtenir par des entraînements classiques. Pour le haut-niveau, il faut savoir investir.

J'ai testé d'autres choses, je suis les modes. Mais depuis 6 mois, voilà ce que j'utilise principalement.

Figure 3. fitLight Trainer.

Pour l'évaluation, utilises-tu quelque chose en particulier ?

D. Reiss - Le Myotest est dans mon tiroir depuis 2 ans, je l'ai sorti uniquement pour de la formation. Avec un tapis de course, on peut faire le test de Cunningham et Faulkner en l'adaptant un peu, avec une pente de 15% à 15km/h. Le VAMEVAL, je le fais de moins en moins. Aujourd'hui, je passe moins de temps sur les tests.

Il y a un autre souci, c'est que les sportifs ont passé leur temps à ne faire que des tests. Si je leur propose encore des tests, ils vont le faire pour me faire plaisir mais ça les saoule. Je fais donc très peu de tests, et je passe directement à la pratique. Peut-être que dans 5 ans, je changerai d'avis.

As-tu des axes de travail privilégiés ?

D. Reiss - Aujourd'hui, quand je prends en charge quelqu'un, son historique des blessures me parle beaucoup. Ce n'est pas dans mes compétences mais je travaille avec un posturologue. Je fais donc un bilan postural, mais comme je ne sais pas comment corriger les dysfonctionnements qui apparaitraient, je fais appel à un posturologue, qui n'est autre que mon ami Vincent Estignard. Le bilan de posturologie va aussi m'aider à choisir la façon dont je vais travailler musculairement. Je fais également un bilan sur leur préparation physique : est-ce qu'ils font de la musculation ou non ? Si oui, que font-ils ? Etc. J'essaie de voir ce qui n'est pas travaillé en club : comme les adducteurs, le psoas-iliaque, les ischio-jambiers. Parfois ce travail de musculation est mal fait, mal quantifié. Donc j'essaie de reprendre tout cela, j'essaie d'optimiser.

Avec des sportifs de haut-niveau, j'essaie de limiter la fatigue dans les séances de préparation physique. Car leur charge de travail est déjà suffisamment élevée. J'ai pris un footballeur en charge en décembre 2013, dans son club, on disait qu'il commençait à être fatigué, la presse mentionnait qu'il était fatigué. Et finalement, nous n'avons pas fait de la préparation, mais de la récupération. Ma commande était donc de gérer la récupération. Il a fallu mettre en place tout un protocole pour mieux récupérer. J'ai utilisé le froid, l'électro-stimulation, les massages, les étirements, etc.

Avec Mathias Pogba en 2011

Figure 5. Avec Mathias Pogba en 2011.

Avec Paul Pogba en 2011

Figure 4. Avec Paul Pogba en 2011.

Justement, considères-tu que nous arrivons dans une ère de la préparation physique où la récupération et la prévention des blessures ont pris le pas sur l'amélioration des qualités physiques et des performances ?

D. Reiss - J'aurais pu croire cela il y a deux ans, je pensais que le sportif de haut-niveau était arrivé au bout de ces qualités physiques et sportives. On peut penser cela sur les sports où l'on mesure de la performance comme en sprint, en saut en hauteur ou en saut en longueur. Mais sur les sports collectifs, par exemple, on ne peut pas mesurer la performance, et je pense qu'on peut encore les faire progresser. Et il existe certainement une marge de progression chez de nombreux sportifs de haut-niveau où tous les paramètres liés à la performance ne sont pas gérés de manière optimale. Je pense notamment à Christophe Lemaître qui expliquait quelle diététique il suivait il y a quelques années…

Il n'y a donc pas que la récupération à gérer, l'augmentation des performances physiques est encore possible. Mais il est vrai que la question se pose lorsqu'un sportif s'entraîne 1 à 2 heures par jour. Que fait-il des 22-23 heures restantes ? D'où la notion de l'entraînement invisible. La récupération et la nutrition font partie de la performance, et elles ne doivent pas être négligées.

Tu es le co-auteur de "La bible de la préparation physique" aux éditions Amphora qui rencontre un très beau succès, peux-tu nous parler de la genèse du livre ?

D. Reiss - Le livre était un projet que nous avions avec Pascal Prevost depuis plusieurs années. Nous voulions écrire sur le sujet, mais à un moment, il fallait s'y mettre. L'éditeur d'Amphora, Renaud Dubois, m'a appelé un jour pour me demander un ouvrage sur la préparation physique et qui fasse référence dans le domaine. Je lui ai proposé immédiatement de travailler avec Pascal, pour que le livre soit encore meilleur. Du coup, le livre s'est écrit assez vite, puisque nous nous sommes servis de nos cours et de nos powerpoints que nous avions accumulés pendant des années en formation. Le livre s'est donc écrit assez rapidement et assez facilement. La trame était déjà là, il suffisait d'organiser nos idées le mieux possible.

La bible de la préparation physique
Développer son explosivité
Développer son endurance et son VO2MAX
Développer sa force

Sur Amazon, on peut déjà voir les "Cahiers pratiques de la préparation physique", quelques livres qui devraient sortir prochainement, peux-tu nous en parler ?

D. Reiss - Ils sont bien avancés. Ce qui pourrait reculer leur date de parution est le calendrier d'Amphora et le planning du photographe. Ce sont des livres que je ne voulais pas faire initialement. Créer un ouvrage plein de photographies, cela ne m'intéressait pas. Mais ce sont des livres avec applications pratiques, ce qu'on nous a demandé après le premier livre. Nous avons essayé de présenter des choses qui ne sont pas courantes. Ce n'est pas juste une compilation d'exercices, mais des enchaînements construits pour développer son endurance, sa force et son explosivité. Mais il y en aura d'autres, comme sur la vitesse. Je pense qu'il pourrait y en avoir une dizaine. Ils sortiront très bientôt.

Qu'est-ce qui te passionne dans ton métier ? Et qu'apprécies-tu le moins ?

D. Reiss - Si je devais ne vraiment pas apprécier quelque chose, c'est tout le côté administratif, en tout cas français. Car nous sommes rarement salariés dans la préparation physique, c'est très rare d'avoir ce confort. Alors si on passe déjà beaucoup de temps à lire, à se déplacer, à entraîner et à suivre ses athlètes, il ne reste que très peu de temps pour l'administratif. Cela me fatigue. Quand je vois que dans certains pays, avec 3 fois moins d'administratif, on arrive au même résultat, voire mieux. Donc finalement le côté le moins plaisant n'est même pas vraiment lié à la profession. Et c'est pourtant une réalité de terrain…

Video 1. Travail des stabilisateurs avec Mathias Pogba

Video 2. Travail de frappe avec Paul Pogba

Ce qui me passionne le plus en revanche, c'est la recherche d'informations que je pourrai mettre en application ensuite et qui sera toujours novatrice.

Quels conseils donnerais-tu à des étudiants ?

D. Reiss - Quand on démarre, on veut toujours apprendre et en savoir un maximum. Mais ce n'est pas cela qui va faire qu'ils vont réussir sur le terrain. Ce qui leur permettra réellement de réussir, c'est leur réseau. Il faut augmenter, entretenir votre réseau. Restez en contact avec un formateur qui semble connaître du monde dans la profession. Il ne faut pas vous fâcher à vos co-stagiaires: Il y en aura peut-être un qui rencontrera un entraîneur de football, de handball ou de rugby ou qui ouvrira une salle de remise en forme et qui va embaucher. Il faut s'ouvrir le plus possible à toutes les relations. Peut-être qu'il existe le meilleur préparateur physique du monde, il est au fin fond de la France, il n'a pas Facebook, pas internet et personne ne sait qu'il existe…

Avec El Hadji Ba, Florentin Pogba, Adama Guidala et Moussa Dialo

Figure 6. Avec El Hadji Ba, Florentin Pogba, Adama Guidala et Moussa Dialo... (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

CFinalement, c'est le côté humain qui prime dans notre métier. Plus que les compétences institutionnelles, il faut maîtriser la communication, savoir discuter avec les gens, et donc avoir un bon réseau. Bien sûr, je ne peux que conseiller de faire un maximum de formations, mais développer en parallèle le côté relationnel est primordial.

Quelle est ta conception de la relation entre recherche scientifique et le sport performance / de haut-niveau ?

D. Reiss - Depuis des années, je déteste les phrases du style "moi, je suis quelqu'un de terrain" ce qui laisse sous-entendre que tout ce qui vient de la science est à rejeter, surtout quand cela n'arrange pas ces personnes dites "de terrain". Maintenant, si on observe sur le terrain, de nombreux préparateurs physiques de Ligue 1 en football possèdent une thèse. Ils sont donc par définition des scientifiques et pourtant ils travaillent au plus haut-niveau en contact direct avec les sportifs.

Pour moi la recherche, c'est rarement novateur. C'est très rare que la recherche vienne apporter des choses nouvelles. Cela arrive mais c'est plus rare. Pour moi, l'important avec la recherche scientifique, c'est qu'elle vienne vérifier ce que nous pensons sur le terrain. Et c'est là qu'on peut avoir des surprises.

Elle me sert beaucoup. Régulièrement, je me pose les questions sur les protocoles que j'utilise, et je me retrouve à rechercher sur Pubmed, en quête de réponses ou de pistes. Si je fais des choses dont les réponses ne sont pas données par la science, c'est peut-être tout simplement, parce que cela n'a pas encore été étudié ou que les scientifiques n'ont pas encore regardé au bon endroit. On observe souvent beaucoup de choses sur le terrain que les scientifiques commencent seulement à comprendre. Aucun des deux mondes ne s'oppose, c'est simplement, qu'ils s'aident mutuellement dans la compréhension de ce qui fonctionne ou non.

Pour moi, la recherche scientifique sert clairement le haut-niveau. Et d'ailleurs, pour une fois, dans le domaine de l'hypoxie, ce sont les recherches scientifiques qui amènent des billes aux professionnels de terrain. Ce que j'ai utilisé dans mes protocoles avec les footballeurs, cela provient directement des travaux de Grégoire Millet. Et lui est intéressé par mes retours. D'où l'intérêt de la communication entre ces deux "mondes".

Merci Didier d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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