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Impact des auto-massages sur le système cardiovasculaire

par P. Debraux | 16 Mai 2018

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Nous vous en parlions déjà il y a quelques semaines dans l'un de nos articles, l'hypertension artérielle est un problème de santé grave qui serait responsable de près de 13% des décès dans le monde, soit plus de 7 millions de morts par an. En effet, l'augmentation de la pression sanguine est un important facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires (accidents vasculaires cérébraux et maladie coronarienne, notamment). L'hypertension artérielle se caractérise par une pression artérielle systolique (lorsque le cœur se contracte) supérieure à 140 mmHg et une pression artérielle diastolique (lorsque le cœur se relâche) supérieure à 90 mmHg. De nombreux facteurs influencent la pression artérielle systolique et diastolique, notamment le volume sanguin, la compliance des parois artérielles, et les résistances périphériques.

Les auto-massages sont devenus très populaires depuis plusieurs années parmi les athlètes et le grand public et la recherche scientifique montre qu'ils permettent des bienfaits au niveau de la mobilité (voir nos articles ici, et encore là) et sur certains aspects de la récupération (une diminution des courbatures, notamment). Une étude dont nous avions discutée il y a quelques années ( lire l'article) avait montré qu'une séance d'auto-massage permettait de diminuer la raideur artérielle et d'augmenter la concentration plasmatique en oxyde d'azote, ce qui in fine permettrait de diminuer la pression artérielle. De plus, un des principaux mécanismes de l'hypertension est le dérèglement de la fonction autonome cardiaque qui représente une instabilité dans le contrôle de la fréquence cardiaque. Celle-ci est généralement identifiée en mesurant la variabilité cardiaque et permet d'obtenir une représentation de l'équilibre nerveux autonome, c'est-à-dire l'équilibre entre les systèmes nerveux sympathique (excitateur) et parasympathique (inhibiteur). Et une étude scientifique japonaise a déjà démontré l'impact des points gâchettes (trigger points) sur l'augmentation de l'activité du système nerveux parasympathique. Alors, est-ce qu'une séance d'auto-massage pourrait avoir un impact sur la fonction autonome cardiaque ?

L'étude réalisée

Pour répondre à cette question, des chercheurs américains ont étudié l'impact d'une seule séance d'auto-massage sur la tension artérielle et sur la variabilité cardiaque. Pour cela, ils ont recruté 15 personnes en bonne santé (7 femmes et 8 hommes) qui ont été séparés en deux groupes : un groupe expérimental qui réalisait une séance d'auto-massage et un groupe contrôle qui ne faisait rien. Puis tous les participants ont participé à trois sessions : une première session de familiarisation à la technique et prises de mesures et deux sessions identiques de test, espacées chacune de 48 heures. Lors des séances d'expérimentation, il était demandé au groupe expérimental de réaliser une séance d'auto-massage avec un rouleau en mousse polystyrène (15 cm de diamètre sur 90 cm de longueur) qui consistait en plusieurs exercices ciblant les adducteurs, les ischio-jambiers, les quadriceps, le tractus ilio-tibial, les mollets, le haut du dos et le bas du dos. Les participants réalisaient 10 passages pour chaque exercice (2s à l'aller, 2s au retour), et chaque exercice était séparé d'une minute de repos. La séance durait environ 15 minutes. Alors que le groupe contrôle ne faisait rien et restait allongé sur le dos au sol pendant 15 min.

Concernant les mesures, avant, 10 et 30 minutes après, la variabilité de la fréquence cardiaque a été évaluée via un cardiofréquencemètre (Polar 800CX) en enregistrant les intervalles R-R (5 minutes avant la séance expérimentale et 3 minutes à 10 et 30 minutes après la séance). Ainsi, ont été calculés :

  • le RMSSD (Racine carrée des différences au carré des intervalles R-R successifs) qui reflète la variabilité du système parasympathique,
  • la puissance totale (TP), estimation de l'activité globale du système nerveux autonome,
  • la basse fréquence (LF), marqueur de l'activité des systèmes sympathique et parasympathique,
  • la haute fréquence (HF), marqueur de l'activité du système parasympathique.

Les valeurs de LF et HF ont été normalisées (nLF = LF / [LF + HF] et nHF = HF / [LF + HF]) et exprimées comme un pourcentage de TP (considérée comme équivalent à LF +HF). Ainsi, nLF représente la contribution relative de l'activité du sympathique et nHF, celle du parasympathique sur le nœud sinusal (ensemble de cellules situées dans la paroi supérieure de l'atrium droit du cœur, dont la dépolarisation commande le rythme cardiaque normal, dit "rythme sinusal"). Enfin, le ratio nLF/nHF représente l'équilibre autonome (équilibre sympathovagal), la relation entre l'activité des systèmes sympathique et parasympathique.

De plus, la tension était mesurée à l'aide d'un tensiomètre oscillométrique automatique au niveau du bras. Deux mesures à 1 minute d'intervalle étaient réalisées à chaque fois (avant, après 10 et 30 minutes).

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent qu'une séance d'auto-massage de 15 minutes produit une diminution de l'équilibre sympathovagal et une diminution de la pression artérielle à 10 et 30 minutes après la fin de séance chez des sujets sains. Comme les figures ci-dessous le montrent, après la séance d'auto-massage, nLF a diminué significativement et nHF a augmenté significativement en comparaison au groupe contrôle. Ce qui signifie que l'activité du système nerveux parasympathique a pris le dessus sur le système sympathique. Ce sont des résultats important puisqu'une augmentation de l'équilibre sympathovagal est associé à une augmentation du risque cardiovasculaire, ainsi, la pratique de l'auto-massage permet chez des sujets sains, de manière ponctuelle, une diminution de ce équilibre.

Plusieurs études ont déjà montré que les auto-massages et la compression de points gâchettes permettent la diminution de la tension artérielle en améliorant probablement la fonction endothéliale, grâce à l'augmentation de la concentration plasmatique d'oxyde d'azote. L'augmentation de la pression mécanique appliquée par le corps sur le rouleau pourrait augmenter le flux sanguin, qui à son tour augmenterait les contraintes d'écoulement sur l'endothélium ce qui stimule la production d'oxyde d'azote et la vasodilatation des artères.

Figure 1. Pression systolique.

Figure 2. Pression diastolique.

Figure 3. Fréquence cardiaque.

Figure 4. Activité du système sympathique.

Figure 5. Activité du système parasympathique.

Figure 6. Equilibre sympathovagal.

Les chercheurs avancent l'hypothèse que la pression locale produite par l'auto-massage pourrait diminuer l'activité des nerfs sympathiques en privilégiant l'effet des récepteurs interstitiels qui contrôlent les nerfs autonomes au travers de la stimulation des corpuscules de Ruffini. De plus, la production d'oxyde d'azote peut jouer un rôle dans la fonction autonome cardiaque en diminuant l'activité sympathique et en augmentant celle du parasympathique.

Applications pratiques

Cette étude montre qu'une séance de 15 minutes d'auto-massage permet de diminuer l'activité du système nerveux sympathique, d'augmenter l'activité du parasympathique et de diminuer la pression sanguine. Les auto-massages sont faciles à mettre en place et ne prennent pas beaucoup de temps. Toutefois, les résultats sont obtenus chez des jeunes participants sans problème d'hypertension, il est donc impossible d'extrapoler ces résultats sur une population malade. De plus, il sera nécessaire de vérifier l'impact d'une pratique chronique sur la tension artérielle et l'équilibre sympathovagal.

Évidemment, l'impact de l'auto-massage sur la pression artérielle est minime (2-3 mmHg) en comparaison à une activité physique plus soutenue comme une course à pied en continu à intensité modérée (3.5-4.5 mmHg) ou du H.I.I.T. (8-12 mmHg), ou encore des médicaments (7.3-9.3 mmHg) ( Lire notre article). Toutefois, son utilisation est moins contraignante pour certaines personnes et plus facile à mettre en place, et les auto-massages peuvent venir s'additionner à n'importe quelle pratique ou traitement. Ce n'est donc pas la solution qui règlera les problèmes d'hypertension, mais cela ne fait aucun mal de l'utiliser. Tout bénéfice est bon à prendre.

Références

  1. Lastova K, Nordvall M, Walters-Edwards M, Allnutt A and Wong A. Cardiac autonomic and blood pressure responses to an acute foam rolling session. J Strength Cond Res Article in Press, 2018.

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