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HIIT et entraînement continu : Réduction du risque de prédiabète

par A. Manolova | 30 Mai 2017

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Nous l'avons déjà évoqué plusieurs fois à travers nos articles, l'activité physique en générale et le sport en particulier ont des effets bénéfiques sur la prévention de certaines maladies chroniques et sur l'amélioration de l'état de santé des patients (Lire cet article, celui-ci ou bien celui-là). Le diabète de type II une maladie métabolique qui se caractérise par une élévation chronique de la glycémie sanguine (i.e., le taux de glucose dans le sang) au-delà de la normale. Le diabète de type II résulte de facteurs génétique, environnementaux et du mode de vie. Aujourd'hui, cette maladie est associée au mode de vie "occidental", lui-même associé à la sédentatité, au surpoids et à l'obésisté, et au vieillissement de la population. Si le diabète de type II apparaissait généralement autour de 40 ans, il est de plus en plus présent chez les populations jeunes. Il représente 90% des cas de diabète et la fédération internationale du diabète prévoit que le nombre de diabétiques pourrait passer de 285 millions en 2010 à 438 millions en 2030 (source : PasseportSanté.net).

Le prédiabète est un état intermédiaire qui indique une augmentation de la glycémie par rapport à la normale mais pas à un seuil qui caractériserait le diabète de type II. Cet état est réversible ce qui permet de mettre en place un protocole préventif pour le patient afin d'éviter de devenir diabétique. Aux états-unis, les chercheurs estiment que 37% des adultes de plus de 20 ans sont prédiabétiques. Si le prédiabète n'est pas traité, 80% des personnes qui en sont atteintes risquent de devenir diabétiques de type II dans les 5 à 10 ans qui suivent. Mais de nombreuses recherches ont déjà mis en évidence l'impact positif d'une diète appropriée et de l'activité physique sur différents marqueurs physiologiques comme l'hémoglobine glyquée, la glycémie à jeun et la sensibilité à l'insuline. Toutefois, prescrire de l'activité physique à une personne prédiabétique reste vague. Existe-t-il une meilleure approche qu'une autre ? L'effort intermittent à haute intensité permettra-t-il de meilleurs résultats en comparaison à un entraînement à intensité modérée et continue ?

L'étude réalisée

Pour répondre à ces questions, une équipe de chercheurs canadiens a étudié l'impact d'un entraînement HIIT (Entraînement par intervalle à haute intensité) ou d'un entraînement MICT (Entraînement continu à intensité modérée) sur le contrôle de la glycémie et la sensibilité à l'insuline chez des prédiabétiques durant 12 semaines. Pour cela, les chercheurs ont recruté 21 personnes (15 femmes et 6 hommes) de 30 à 65 ans, toutes prédiabétiques (taux d'hémoglobine glyqée entre 5.7 et 6.4%). Ces personnes ont ensuite été réparties aléatoirement dans deux groupes : Un groupe HIIT et un groupe MICT. Chaque groupe réalisait 36 séances (2 à 3 fois par semaine) sous supervision soit de HIIT soit de MICT. Et 2 fois par semaine juste après la séance cardio-vasculaire, les deux groupes réalisaient également un circuit de musculation.

Pour le groupe HIIT, le programme consistait à réalisait 4 intervalles de 4 minutes à 90-95% de la fréquence cardiaque maximale de réserve entrecoupés de 3 minutes de récupération active à 50-60% de la fréquence cardiaque maximale de réserve. Pour le groupe MICT, le programme consistait à réaliser 28 minutes continues à 60-70% de la fréquence cardiaque maximale de réserve. Toutes les séances se déroulaient en laboratoire sur tapis de course. Puis, deux fois par semaine, les participants réalisaient un entraînement de musculation sous forme de circuit. Le circuit était constitué de 8 exercices poly-articulaires (squats overhead, pompes, gainage, montée de marche, etc.), et les participants réalisaient 1 à 3 séries de 8 à 15 répétitions. Sur le plan diététique, les participants étaient encouragés à ne pas modifier leurs habitudes alimentaires.

Avant et après la fin du protocole, les chercheurs ont réalisé des mesures physiologiques. L'hémoglobine glyquée (A1C) a été mesurée car elle permet une observation de la glycémie sur 2-3 mois, elle est donc moins variable que la glycémie à jeun. Les indices HOMA-%β (marqueur de l'activité des cellules bêta, productrices de l'insuline) et HOMA-%S (marqueur de la sensibilité à l'insuline) ont été également déterminés. En plus de ces deux mesures, les chercheurs ont mesuré la masse corporelle et déterminé le taux de masse grasse à l'aide d'un impédancemètre, le tour de taille, la force du grip, la hauteur de saut vertical et le VO2MAX (test par incrémentation jusqu'à la fatigue).

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent qu'il y a une amélioration significative de nombreux paramètres mesurés après le protocole d'entraînement pour les deux groupes (HIIT et MICT) mais qu'aucune différence significative n'existe entre les deux groupes. Le taux d'hémoglobine glyquée a été significativement améliorée de 0.5% (Figure 1). L'indice HOMA-%β s'est améliorée significativement de 28.9%, alors que la sensibilité à l'insuline (indice HOMA-%S) a diminué significativement (-34.8%) (Figure 2). Les participants ont également amélioré leur VO2MAX de 5% et ont perdu en moyenne 4.5 cm de tour de taille.

Figure 1. Evolution du taux d'hémoglobine glyquée (A1C, %) après 36 séances de MICT ou de HIIT. *Différence significative avant/après (p < 0.05).

La diminution de 0.5% du taux d'hémoglobine glyquée (A1C) est cliniquement importante, car la recherche montre que lors d'un traitement pharmacologique, une diminution de 1% est associée avec une diminution du risque d'infarctus du myocarde de 14% et une réduction des complications microvasculaires de 37% chez les diabétiques. Chez des personnes apparemment saines et sans diabètes, une diminution de 0.5% d'A1C est associée à une réduction de 20-30% du risque de développement de maladies coronariennes. La durée de cette étude est toutefois faible pour observer un changement important dans le taux d'A1C.

Figure 2. Evolution de la fonction des cellules bêta (HOMA-%β) après 36 séances de MICT ou de HIIT. *Différence significative avant/après (p < 0.05).

L'IMC et le tour de taille des participants ont révélé que ceux-ci étaient obèses au départ de l'étude. Bien que les chercheurs n'aient pas observé d'amélioration de la masse corporelle ou du taux de masse grasse (peut-être tout simplement du aux limites de l'impédancemètre utilisé), la diminution significative du tour de taille de 4.5 cm laisse supposer une perte de masse grasse viscérale. Et il est clairement démontré aujourd'hui qu'il existe de fortes corrélations entre la masse grasse viscérale et les maladies cardio-métaboliques. De plus, il faut prendre également en compte le fait que les participants n'ont pas modifié leurs habitudes alimentaires durant l'étude. Ainsi, c'est l'activité physique seule qui a permis des modifications intéressantes de la composition corporelle.

Applications pratiques

Comme cette étude le suggère, le HIIT et le MICT peuvent tous les deux, sans différences notables, très bien contribuer à une amélioration du contrôle de la glycémie sans changement direct de la partie diététique. Évidemment, des changements nutritionnels couplés à la pratique régulière d'une activité sportive apporteront des bénéfices encore plus importants.

Le HIIT est depuis quelques années revenu sur le devant de la scène et a gagné en popularité. Toutefois comme de nombreuses méta-analyses le suggèrent, il n'est pas une méthode miracle, et il ne devance l'entraînement continu traditionnel que sur quelques points. En résumé, le HIIT et le MICT sont différents dans les adaptations physiologiques qu'ils entraînent mais sont très similaires dans les bienfaits qu'ils permettent, notamment en terme de santé. Toutefois, les protocoles de HIIT étant très nombreux et très différents dans les adaptations physiologiques qu'ils permettent, qu'il est très compliqué de tirer des conclusions claires.

Enfin, comme toujours, il est regrettable que le nombre de participants de l'étude soit faible et que les chercheurs n'aient pas inclus de groupe contrôle. Il serait également très intéressant de voir l'évolution à plus long-termes sur les adaptations physiologiques mais également sur le taux de participation.

Références

  1. Rowan CP, Riddell MC, Gledhill N and Jamnik VK. Aerobic exercise training modalities and prediabetes risk reduction. Med Sci Sports Exerc 49 (3) : 403-412, 2017.

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