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Intérêts des bandes élastiques pour le développement de la puissance chez des rugbymen

par A. Manolova | 06 Septembre 2011

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La puissance musculaire est un paramètre important de la performance dans de nombreux sports et le rugby ne fait pas exception à la règle. Pour un muscle isolé, la puissance générée est le produit de la force externe développée par ce muscle et de sa vitesse de contraction. Lors d'un mouvement poly-articulaire (i.e., un mouvement qui implique plusieurs articulations), la puissance externe totale est le produit de la force externe totale développée et de la vitesse du mouvement. Ce sujet fera l'objet d'un dossier qui sera publié très prochainement sur le site.

De part sa définition, la puissance musculaire dépend des deux variables et dont la manipulation peut avoir un effet positif sur l'amélioration de sa performance. Pour des athlètes avec un niveau de force élevée, un travail axé sur la vitesse d'exécution du mouvement sera nécessaire pour améliorer la puissance produite, et inversement. Le saut vertical sans charge additionnelle est un exercice qui permet souvent une production maximale de puissance en raison de la vitesse élevée d'exécution du mouvement.

L'étude réalisée

Sur la base de ces constatations, une équipe de chercheurs australiens s'est intéressée à l'intérêt de l'utilisation de bandes élastiques lors de sauts verticaux chez des rugbymen de haut-niveau. Pour cela, ils ont procédé en deux étapes : la première étape consistait à comprendre les différences cinétiques entre 3 différents sauts verticaux chez des sujets entraînés ; la seconde étape avait pour but de tester sur une période de 4 semaines l'effet de l'un de ces 3 types de saut inclus dans un entraînement avec alternance de charges lourdes / légères sur la performance verticale en saut chez des rugbymen de haut-niveau.

Étape 1

Pour cette partie de l'étude, 8 sujets qui s'entraînaient en musculation depuis au moins 6 mois ont effectué 3 sauts différents : saut libre (Fig. 1), saut avec résistance élastique (Fig. 2) et saut avec assistance élastique (Fig. 3). Le balancement des bras lors des ces 3 sauts étaient autorisés (voir Abalkov Jump). L'assistance / résistance fournie par les élastiques était égale à environ 20% de la masse corporelle des sujets lorsque ceux-ci étaient debout, les jambes tendues. Les sujets ont réalisé ces sauts dans un ordre aléatoire. A l'aide d'une plateforme de force, les chercheurs ont mesuré la vitesse maximale et la force maximale, et ils ont déterminé le taux de développement de force et la puissance maximale relative à la masse corporelle.

Figure 3. Saut avec assistance élastique

Figure 2. Saut avec résistance élastique

Figure 1. Saut normal

Étape 2

Pour cette partie de l'étude, 28 rugbymen professionnels néo-zélandais ont participé à un protocole d'entraînement qui a duré 4 semaines. Les sujets étaient répartis en 3 groupes, un groupe par type de saut vertical. La hauteur maximale de saut vertical a été évaluée avant et après les 4 semaines de protocole à l'aide d'un encodeur optique (Gymaware®, Kinetic Performance Technology, Australie). Les différents systèmes et techniques de mesure seront développés prochainement dans le cours de Biomécanique du sport et de l'exercice. Le protocole consistait en 2 sessions hebdomadaires d'un programme avec alternance de charges lourdes / légères réparties sur 2 exercices :

  • Tirage barre arrachée (ou "power clean") : 3 séries de 4 répétitions à 50-70% du 1RM
  • Saut vertical libre / saut vertical avec résistance élastique (27 ± 5 %) / saut vertical avec assistance élastique (28 ± 3 %) : 3 séries de 6 répétitions

Il faut noter que ces 4 semaines de protocole se sont insérées dans la saison des sujets. Chaque semaine, ces rugbymen participaient à 2 sessions d'entraînement en force et en puissance, 1 session de développement de la vitesse, 4 sessions d'entraînement spécifique en équipe, 1 match et une session de récupération.

Résultats & Analyses

Étape 1

Les résultats de cette première partie montrent que le saut avec assistance élastique permettait de développer la vitesse d'exécution la plus importante. Ce qui est sans surprise, puisque lors du contre-mouvement préparatoire, les élastiques accumulent de l'énergie potentielle élastique qui participera à la phase propulsive du saut. Cette vitesse importante a permis aux sujets de produire une plus grande puissance relative à la masse corporelle en comparaison avec les deux autres sauts. Le saut avec assistance élastique est également associé avec des forces d'impact à la réception du saut moins importantes comparées aux deux autres types de sauts.

La force, le taux de développement de force et la force d'impact sont maximaux lors du saut avec résistance élastique. De plus, la tension produite par la résistance élastique provoque un contre-mouvement plus rapide. Cela pourrait se traduire par une amélioration du cycle étirement-détente, et donc une amélioration de la phase propulsive du saut.

Étape 2

Les résultats de cette seconde partie montrent une augmentation de la hauteur maximale de saut pour les trois groupes, avec une augmentation plus marquée pour les groupes qui ont réalisé les sauts avec résistance et assistance élastiques (Il est nécessaire de rappeler que ce protocole s'est inséré dans le quotidien d'entraînement et de compétition des rugbymen) :

  • Groupe "saut libre" : + 1,3 % (± 9,2 %)
  • Groupe "saut avec résistance élastique" : + 4,0 % (± 8,8 %)
  • Groupe "saut avec assistance élastique" : + 6.7 % (± 9,6 %)

D'après les auteurs, l'amélioration de la hauteur de saut chez le groupe "saut avec assistance élastique" pourrait être due à une diminution de la co-activation des muscles antagonistes et/ou à une augmentation de l'activation des fibres musculaires de type II et/ou à des adaptations neuromusculaires. Concernant le gain pour le groupe "saut avec résistance élastique", cela pourrait s'expliquer par une phase excentrique accrue avant le saut et après la phase de vol, lors de l'impact. En effet, différentes études ont montré un gain significatif en hauteur de saut maximale après un entraînement en saut avec accentuation de la phase excentrique. La phase excentrique pourrait améliorer le stockage de l'énergie potentielle élastique.

Applications pratiques

À haut-niveau, il est plus difficile d'améliorer les performances. Ce protocole de 2 entraînements par semaine inclus dans la période compétitive d'une équipe de rugby professionnelle a permis une augmentation de la hauteur de saut maximale, même si celle-ci semble minime. Le protocole est assez simple et économe en temps et il peut être utilisé pour tout type d'athlète recherchant un gain en hauteur de saut et/ou de puissance musculaire des membres inférieurs. L'alternance de saut avec assistance/résistance élastique peut permettre de travailler différents aspects de la puissance : la force de contraction, la vitesse d'exécution, le taux de développement de force, l'efficience du cycle étirement-détente, etc. De plus, le saut avec assistance élastique permet de diminuer les forces d'impact. Cela peut permettre de graduer l'intensité lors d'exercices de pliométrie comme après un retour de blessure, par exemple, ou bien diminuer les forces d'impact pour les sportifs dont la masse corporelle est importante.

Références

  1. Argus CK, Gill ND, Keogh JWL, Blazevich AJ and Hopkins WG. Kinetic and training comparisons between assisted, resisted, and free countermovement jumps. J Strength Cond Res 25 (8): 2219-2227, 2011.

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